Voici l'histoire de notre rencontre avec Sauté et Naté. Après une nuit a la frontière népalaise, dans la chambre la plus crade qu'on ai jamais faite, et 12 heures de bus blindé de monde par 40°, nous arrivons donc un soir à Varanasi.

Nous allons manger un peu à la terrasse de la guest house, vue sur le Gange, au milieu des singes et des perroquets... Et là un type qui est en train de regarder un match de criquet à la télé vient discuter avec nous. On lui parle un peu de chez nous, ils nous explique les règles du jeu du criquet et l'importance que ça a ici. Puis, le plus simplement du monde, il nous dit: "demain si vous vouliez je vous montre un peu Varanasi, les temples, le Gange... Je suis pas guide, je veux pas d'argent, mais j'ai rien de spécial à faire, ça me dérange pas".

Le lendemain, matin, après une nuit presque sans dormir à cause de la chaleur et des incessantes coupures de courant qui nous prive de ventilateur, nous partons, avec cet inconnu à la découverte de Varanasi.

Et là commence une journée magique. Infatigable, pendant une journée entière, il nous a montré les nombreux temples, mais surtout nous a expliqué tout la mythologie, les dieux indoux, les rituels du puja...

Nous arrivons du Népal où même un simple renseignement dans la rue se paye, alors on ne peux s'empêcher de lui demander pourquoi il prend tant de temps à nous aider. Il répond que c'est simplement bon pour son Karma d'aider les gens, et qu'il aime faire ça. Non seulement il ne veux pas d'argent, mais en plus il nous offre le thé, nous achète de l'eau sans vouloir qu'on paye.

Ayant compris qu'on aime la musique il nous emmène ensuite chez un ami à lui. C'est dans cette minuscule boutique poussiéreuse remplie de cithares, de tabla et d'autres instruments que nous faisons la connaissance de Naté.

Ce dernier nous donne quatre heures de cours de tabla (tambours traditionnels indiens) par jours depuis notre rencontre. Mais en réalité nous passons la moitié de ce temps à discuter, avec ces deux types, intarissables sur le sens de la vie, et le moyen d'avoir un bon karma.

Au bout de deux jours ils nous appellent leurs amis, et ne veulent plus qu'on les paye car entre ami, on ne parle pas d'argent. Ils nous offrent à boire, à manger toute la journée. Ils vont jusqu'a nous inviter à manger dans leur maison, nous présenter leurs familles respectives, dont vous trouverez pas mal de photos dans la galerie. 

Ils ont une philosophie de la vie d'une simplicité déconcertante. L'argent c'est pas important. On est bien quand on prend un bonne douche, qu'on a le ventre plein, qu'on prend un thé avec des amis, et faisant des choses bien. Ils rient tout le temps, sont très zen, et aussi très curieux du monde et du peu que nous en avons vu.

Ils ne savent ni lire ni écrire, mais parlent un très bon anglais. Ils pensaient que les USA étaient en Europe, et  ignoraient que les africains avaient la peau noire. Ils gagnent une misère chaque mois, l'un d'eux vit dans une pièce minuscule avec sa femme et sa fille, mais nous invite à manger chez lui, et prépare même un plat assez cher (et trés bon), pour honorer ses invités.

Naté est braman, une caste très haute, mais il n'a pas d'argent. Sa famille en a, mais ne l'aide pas, ne mange pas avec lui, et vit séparément (contrairement à la majorité des familles indiennes). On nous explique qu'ils ont de mauvaise relations, car Naté, braman, a fait un mariage d'amour, avec une femme d'une caste inférieure. C'est sa grande fièreté, de connaitre l'amour, ce dont manque énormément la plupart des indiens, car 90% des mariages sont arrangés par les parents.

C'est le genre de rencontre qui à la fois vous rempli, mais aussi dérange profondément, et vous transforme. Ils n'ont rien mais nous donnent beaucoup, avec une simplicité et une gentillesse naturelle que je n'ai jamais vu chez personne avant.

Il me faudrait des heures pour raconter tous ce qui nous a fait comprendre à quel point ils sont exceptionnels. Raconter comment Sauté qui tient une petite boutique de soie a vendu devant nous des magnifiques foulards de soie fait main à une chinoise à perte. Cette jeune etudiante chinoise répettait qu'elle n'avait pas beaucoup d'argent, mais voulait acheter pas mal de truc, et il a fini par lui vendre au prix coutant moins 50 roupies (un euro). Il nous dit après, elle en avait envie, c'est pas grave, je ferais du profit une autre fois, c'est comme vous, on est ami, je fais pas de profit. 

(Rien à voir mais en nous parlant il tient dans ces bras son petit bébé de six mois, minuscule et maigre, et s'en occupe avec une grande douceur et une vague maladresse, mais ici ce sont les hommes qui s'occupent beaucoup des bébés, pour équilibrer les charges, alors que la femme l'a porter pendant neuf mois, elle a ensuite le droit de se reposer. C'est un spectacle tendre et déconcertant de voir ces deux types parler des heures de leurs enfants et s'échanger des conseil de "paternage").

On a beau lui expliquer que ami ou pas c'est son job, et qu'il est normal qu'il gagne de l'argent quand on lui achète quelque chose. Il rigole et se tourne. On ne parle pas argent entre ami, même quand on en manque. C'est un exemple parmi tant d'autres.

Depuis une semaine nous passons chaque heure de chaque jour avec Naté et Sauté, à marcher dans les ruelles poussiéreuses de le vielle ville, à visiter les temples et musées, à rencontrer leurs amis et famille, et surtout surtout, à discuter de tout et rien pendant des heures entières en buvant le thé.

J'ignore si mes mots peuvent faire comprendre à quelqu'un qui n'est pas ici comment on peut se sentir face à ce genre de personne. On tout cas moi, je me sens comme une merde. On a tellement à apprendre de cette simplicité de vie, de cette tolérance de l'autre, et de cet altruisme sans limite.

Alors voilà, on avait des apriori en venant en Inde, on va perdre 10 kg (ils nous gavent de bouffe trop bonne et impossible à refuser), on va économiser plein d'argent (c'est vrai, mais on ne peut pas s'empêcher de donner un coup de main à des gens si gentils, ni d'acheter quelques uns de ces magnifiques instruments), et c'est dangereux et fatiguant (c'est vrai aussi mais pour l'instant on se laisse porter par la vague, et on suit le mouvement de ce qu'ils ont envie de nous montrer, sans se poser de question ni risquer quoique ce soit).

Bref c'est très frustrant de raconter cette histoire car ce que j'écris est très en dessous de la richesse de ces rencontres et de ce qu'elles nous apportent.

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